Sur les 122 pages de la déclaration de politique générale du nouveau gouvernement wallon PS-MR-Ecolo, la problématique de la sécurité routière ne tenait qu’en deux petites lignes. Deux lignes particulièrement importantes toutefois puisqu'elles fixaient l'ambition du gouvernement en matière de décès sur la route. L'objectif est de faire diminuer le nombre de décès annuels sur les routes du sud du pays à 100 d’ici 2030 et à zéro d’ici 2050.

 

Pour y arriver, le développement technologique des véhicules (sécurité, autonomie, intelligence artificielle,...) devrait jouer un rôle important. Mais se contenter des évolutions technologiques ne suffira sans doute pas, la part de cause humaine dans les accidents étant particulièrement importante dans nombre d'accidents de la route entraînant des blessures ou des décès.

La Wallonie a donc organisé ses États généraux de la Sécurité routière, ce mardi matin. Six groupes de travail se sont réunis ces derniers mois pour plancher sur des recommandations à l'attention de la ministre de la Sécurité routière. Dans le même temps, une grande enquête populaire avait été organisée, à laquelle près de 10.000 citoyens ont participé. L'ensemble des recommandations des groupes de travail et des réponses des citoyens à cette enquête a permis d'établir cinq grandes mesures fortes pour plus de sécurité routière. Des propositions sur base desquelles la ministre en charge Valérie De Bue (MR) établira des mesures prioritaires à court, moyen et long terme.

 

1. L'intensification des contrôles

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L'objectif sera d'encore intensifier les contrôles, tant en matière de vitesse que de consommation d'alcool et de drogue au volant afin, notamment, d'augmenter le "risque" pour l'automobiliste d'être pris en infraction et le dissuader de conduire trop vite ou sous influence. Cela passerait, au niveau de la vitesse, par l'augmentation des contrôles radars fixes et mobiles. Pour l'alcoolémie, cela passerait par la hausse du nombre de contrôles inopinés sur les routes. Et pour la consommation de drogues, la Wallonie pourrait décider de désormais contrôler systématiquement les conducteurs impliqués dans des accidents avec blessés, comme cela se fait déjà pour l'alcool.

Enfin, des contrôles plus réguliers des poids lourds devraient être effectués. Une mesure qui n'est pas anodine : 17 % des tués sur nos routes sont impliqués dans un accident avec un camion, alors que les poids lourds ne représentent que 7% des usagers sur nos routes.

 

2. Améliorer le traitement digital des amendes

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La Wallonie devrait simplifier, développer et renforcer les processus et traitement automatisés des contrôles et des poursuites. L'objectif est de digitaliser encore plus le traitement des contrôles et des poursuites pour limiter les paperasseries administratives pour les hommes de terrain. Avec pour objectif final de leur libérer du temps pour organiser davantage de contrôles. Pour cela, la Wallonie veillera à améliorer ses outils digitaux.

 

3. Couper court au sentiment d'impunité

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Actuellement, trop d'automobilistes rechignent à payer leurs amendes routières en espérant qu'avec le temps, leur dossier finira à la poubelle. La Wallonie souhaite mettre fin à ce sentiment d'impunité et veut veiller à sanctionner effectivement les automobilistes imprudents "pour faire évoluer ces comportements". La Wallonie veut donc mobiliser tous les acteurs (policiers, parquets,...) pour que chaque infraction soit désormais poursuivie. Par ailleurs, elle pourrait mettre en place des sanctions "éducatives" (visites de centres de traumatologies, stages de conduite...) comme alternatives aux amendes. "Les sanctions doivent induire un changement de comportement, confie la ministre de la Sécurité routière, Valérie De Bue, Et les sanctions éducatives sont parmi les plus performantes pour induire ce changement de comportement."

 

4. Sécuriser les usagers faibles

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Les piétons, cyclistes et autres usagers faibles sont particulièrement vulnérables. Et constituent une grande part du nombre de décès recensés chaque année en Wallonie. L'objectif sera de limiter les risques. Et cela passera inévitablement par une sécurisation de la voirie. Parmi les recommandations, la réduction de la vitesse en agglomération semble être la plus symbolique. Parmi les propositions sur la table figure ainsi l'intensification des zones 30 et 20 de manière plus structurée. Cela passerait par une hiérarchisation des rues à l'échelle wallonne et la mise en place de plans communaux de circulation. Objectif : aménager des zones 30 ou 20 dans les rues fortement fréquentées par des piétons et des cyclistes notamment.

L'objectif serait également d'aménager encore mieux les zones de traversées de piétons car, actuellement, deux tiers des accidents impliquant un piéton ont lieu alors que celui-ci traverse un passage censé être sécurisé.

Une réorganisation du partage de la chaussée est également envisagé. Les trottoirs devraient être vidés de tout obstacle et limités aux usagers (piétons, enfant à vélo,...) ne dépassant pas les 15 km/h.

Les cyclistes circuleraient sur la piste cyclable en compagnie des cyclomoteurs et autres nouveaux moyens de locomotions (trottinettes,...) allant jusqu'à 25 km/h. Au-delà, les usagers seraient amenés à circuler sur la chaussée.

Enfin, un contrôle technique serait instauré à partir de 2022, comme l'imposera une directive européenne, mais uniquement pour les engins ayant subi un accident ou pour ceux destinés à être revendus.

 

5. Éduquer et mieux former

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La cinquième mesure préconisée par les Etats généraux de la sécurité routière concerne l'éducation et la formation des différents usagers. L'objectif serait d'éduquer tant les usagers faibles (piétons, cyclistes,...) que les usagers forts le plus tôt possible au respect de l'autre et au partage de la route.