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Good Move: le résultat d'une enquête légitime, ou une honteuse mystification?



Good Move : une enquête publique ? Non, une honteuse mystification !


Pour légitimer la métamorphose de Bruxelles dans le cadre du plan GOOD MOVE, Bruxelles-mobilité justifie ses choix en se fondant essentiellement sur les résultats d’une enquête publique menée entre le 17 juin et le 17 octobre 2019


Cette enquête, traduisant selon Bruxelles-Mobilité les souhaits de la population bruxelloise serait donc la justification ultime de toutes les décisions et changements dans les conditions de circulation et de mobilité que connait Bruxelles depuis plusieurs mois.


Pour en avoir le cœur net sur la validité de cette enquête, nous avons fait appel des experts universitaires dans le domaine des sondages, et nous leur avons soumis le rapport d’enquête publié par Bruxelles-Mobilité. Il faut préciser ici que malgré nos demandes répétées à Bruxelles-Mobilité, jamais nous n’avons pu obtenir les données brutes de cette enquête. Bruxelles-Mobilité prétextant – à tort – le règlement général sur la protection des données (RGPD), officiellement appelé règlement UE 2016/679 du Parlement européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données. En effet il suffit de faire disparaître de cette base de données toutes les informations permettant d’identifier une personne en particulier, si elles sont existantes, tel : nom ; adresse mail ; etc. pour que ce règlement ne s’applique plus.


Cette enquête est une enquête publique obligatoire en application de l' ordonnance du 18 mars 2004 relative à l'évaluation des incidences de certains plans et programmes sur l'environnement et de l'ordonnance du 26 juillet 2013 .


Good Move n’est ni un sondage, ni même une enquête, et n’est pas représentative de la population bruxelloise.


Contrairement à ce qu’on entend parfois dans la presse ou même au cabinet de la ministre de la mobilité, cette enquête – dans sa partie questionnaire – n’est pas un sondage.

Stricto sensu, ce n’est même pas une enquête : « L'enquête est une méthode de recueil de données primaires à partir d'un questionnaire administré à un échantillon issu d'une population cible ». Ici pas de questionnaire administré à un échantillon de la population cible, mais un questionnaire mis en ligne sur un site, pour qui veut bien prendre l’initiative d’y répondre. Donc pas d’échantillonnage. Dès lors, il ne s’agit pas d’un sondage qui aurait exigé une sélection a priori par tirage au sort (choix aléatoire des répondants), ni d’un échantillon représentatif dans la population bruxelloise, échantillon qui aurait été contacté et ensuite interrogé.


Or seul un vrai sondage aurait pu être représentatif de la population bruxelloise.


Dans cette enquête publique il est fait appel à l’avis des citoyens qui peuvent s’exprimer sur le plan. La législation permettrait aussi consultation du projet par internet. Cela fut fait du aux dates précisées ci-dessus.


Alors qui a répondu ?


N’importe qui pouvait y répondre encore fallut-il qu’il soit au courant de l’enquête. Comme le montre plusieurs enquêtes sérieuses (dont celles de Mauto Défense), plus de 80% des bruxellois n’étaient pas au courant de cette enquête Good Move. Et ce ne sont pas les quelques avis officiels et formels mais « confidentiels » affichés par les communes qui mobilisent la population. La preuve.


Une mobilisation de bouche à oreille à répondre dans des milieux partisans.


Ce sont des milieux tels ceux des adeptes d’Ecolo et de Groen, ou du Gracq, où le téléphone et les boîtes mails ont surchauffé. De nombreux indices dans les résultats de « l’enquête » Good Move le montrent. Par exemple une sur-représentation très significative des personnes de 25 à 45 ans. Bizarre, non ? Une sous-représentation surprenante des citoyens de 55ans et plus. Une partie importante des Bruxellois a donc été négligée. Volontairement ? Le doute est permis.


Une enquête superficielle et fragmentaire

Cette enquête publique s’est déroulée du 17/06/2019 au 17/10/2019[1].

La partie de l’enquête publique destinée au grand public a recueilli les réponses à 8473 questionnaires, majoritairement complétés par des …citoyens, selon la ministre.

Le questionnaire comportait 12 questions sans possibilité de commenter ses réponses.

Dans ces 8473 questionnaires, 194 (2,3%) ont été complétés par des « entités » ou personnes morales. Une curiosité apparaît dans les résultats. Peu de critères socio-démographiques ont été récoltés (âge, langue, lieu de résidence, sexe - partiellement et sur le tard-), toutefois dans la distribution des âges, les personnes morales ont été comptabilisées. Comment peut-on déterminer l’âge d’une personne morale et le mettre sur le même pied que celui d’un citoyen ? Mystère !


Des questions troublantes.

Chacune comporte généralement deux ou plusieurs propositions, contradictoires ou de désirabilités opposées. Une des propositions de la question est souvent à connotation positive, attirante, personnellement ou socialement désirable. Ne pas y adhérer pourrait être considéré comme un manque de civisme, de solidarité sociale ou même de l’égoïsme. Tandis que l’autre proposition, appartenant à un registre opposé, pourrait être indésirable ou contraignante dans la vie quotidienne du répondant. Alors, sur quoi porte l’accord si on le marque ? Socialement on hésite à être en désaccord à la proposition attirante si on n’est pas d’accord avec la proposition indésirable, mais marquer son désaccord à la question serait rejeter la proposition désirable et donner une mauvaise image de soi.

Ce sont typiquement des questions jouant sur l’exploitation de biais cognitifs et conflits de valeur (Gremy, 1986). Pour avoir bonne conscience et montrer une bonne image de soi la balance jouerait en faveur d’une norme sociale à respecter. Même si au fond de soi on n’adhère pas à une des deux propositions. On voit bien que le commanditaire du questionnaire a manœuvré et joué sur la composante psychologique attirante dans ce conflit de désirabilité, misant sur le fait que les normes sociales et la partie attirante de la question pèseront plus que la partie négative. Cette dernière pourra même être négligée, gommée ou mal comprise lors de l’appréciation.


Good Move : c’est aussi un plan anti-PMR


Pire cette enquête ne concerne pas les 400.000 personnes PMR (Personnes à Mobilité Réduite) de Bruxelles. Aucune question dans l’enquête ne les concerne, aucun critère permettant de les identifier et prendre en compte leurs réponses. Les PMR : une plaie pour la ministre car pour eux, seule la voiture est la solution optimale pour se déplacer efficacement dans Bruxelles. Et les nouveaux aménagements vont augmenter drastiquement l’immobilité des PMR, ajouter des contraintes sévères à leurs handicaps, et les restreindre méchamment, comme tout citoyen y aurait droit, de se déplacer pour leur santé, leur travail, leur vie sociale et leurs loisirs.


Une « enquête » partiale très clairement anti-voiture.


Quand on se soucie impartialement de la mobilité à Bruxelles, on examine toutes ses facettes, pour tous les usagers et tous les moyens de déplacement. Rien que la mobilité automobile, et plus largement motorisée, et son amélioration dans cette enquête. Et pourtant. Examinons quelques statistiques :

· Véhicules motorisés à Bruxelles : 637.188 (source IBSA 2020 - Institut bruxellois de Statistique et d'Analyse)

· Véhicules automobiles : 583.571 voitures à Bruxelles (source STATBEL -, 2020 : en moyenne 1,07 voiture par ménage à Bruxelles – 545.394 ménages. ) auxquels il faut ajouter les 200.000 navetteurs. On note que la Ministre répète à l'envi, que seul un ménage bruxellois sur deux possède une voiture. On voit ce qu'en dit Statbel!

· Parc matériel roulant (tram et bus) de la STIB : environ 1000 véhicules.

· Bicyclettes à usage quotidien non récréatif : environ 10.000

Donc une bicyclette pour +/- 60 voitures. Ce qui rejoint l’expérience quotidienne des nombreux automobilistes immobilisés dans des embouteillages sans fin, qui longent des pistes cyclables peu fréquentées. La place dévolue à la bicyclette est-elle proportionnelle au nombre de cyclistes quotidiens ? La réponse est très claire. Non !


Une enquête concernant tous les moyens de déplacement ? Non !


Nos experts ont examiné attentivement les questions posées dans le questionnaire public Good Move. Aucune question ne porte sur la fluidité et l’amélioration de la circulation des véhicules motorisés. Aucune question ne concerne les plus de 600.000 automobilistes quotidiens de Bruxelles qui représentent et engendrent plus de 95% du PIB de la Région. Ce ne sont pas les cyclistes ou les vélos-cargos qui font vivre Bruxelles et en assurent la prospérité.


Le preuve du plan anti-voiture se retrouve dans toutes les questions de l’enquête.


· Q1. …..même si cela implique moins de place réservée en voirie pour le stationnement….

· Q2.Des quartiers apaisés où roulent moins de voitures…..

· Q3. Moins de trafic de transit….

· Q4. Optimiser l’espace disponible sur les grands axes et mieux le répartir entre les différents modes de déplacement (ex : site propre transport public, piste cyclable, large trottoir, etc.) …

· <et les automobiles dans tout çà ? Elles n’existent pas !>

· Q8. …..même si leur aménagement implique une réduction de l’espace dévolu à la voiture….

· Q9. Contribuer à réduire le nombre de camions et de camionnettes en ville…

· Q10……plutôt que de couvrir de plus longues distances avec un véhicule motorisé….

· Q11. Moins utiliser ma voiture personnelle….

Aucune question sur l’amélioration de la circulation des véhicules motorisés. Au contraire des propositions pour leur créer un maximum de problèmes. Plus anti-voiture que çà, on ne peut pas ! Ce plan, contrairement à ce que prétend la ministre de la mobilité, est donc clairement un plan anti-voiture puisqu’aucune question ne leur est favorable, et toutes leur sont défavorables.

Si la ministre de la mobilité était aussi une ministre de la mobilité comme elle devrait l’être pour l’amélioration de la mobilité des voitures quotidiennes bruxelloises on trouverait une question formulée de la sorte :


Améliorer la circulation automobile pour réduire les embouteillages et les accidents même si l’espace public doit être redessiné localement pour en fluidifier et sécuriser le trafic, je suis…..

Rien de tout cela, bien sûr !

Ou encore : on aurait été intéressé par les réponses à la même question 1 formulée autrement :


Supprimer des places de stationnement, mettre les rues à sens unique en supprimant une voie de circulation pour élargir les trottoirs, je suis….


Aurait-on eu le même score soviétique d’acquiescement de plus de 80% ?


…Good Move, un plan partial…


Le plan Good Move basé sur une « enquête » partiale et biaisée menée dans des milieux partisans ne concerne donc que la circulation des transports en commun, des bicyclettes et des piétons. Elle fait l’impasse sur la circulation automobile qu’à priori la ministre délaisse et même attaque.


Ce n’est donc pas un plan sur la mobilité dans Bruxelles, puisque les principaux moyens de déplacement (dont les véhicules motorisés) sont combattus. C’est donc un plan partial, qui, au vu de tout ce qui précède, n’a clairement aucune légitimité vis-à-vis de la population bruxelloise. C'est donc une honteuse mystification dont se sert le gouvernement pour l'imposer de manière dictatoriale.

[1] Monneaux, A. (2020) Rapport de synthèse des réactions de l’enquête publique relative au projet de plan régional de mobilité (good move). Bruxelles-Mobilité. 24p.

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